Ecotopia

de Ernest Callenbach aux éditions Rue de l’échiquier

Ces derniers temps (mois ? années ?), j’ai étendu mon horizon de lecteur. Pendant longtemps, je suis resté cantonné à 1) la littérature anglo-saxonne et 2) beaucoup de fantasy, un peu de science-fiction, saupoudrée ici et là de fantastique.

Puis, un accident impromptu, j’ai ouvert les yeux sur des textes différents, d’auteurs français ou d’ailleurs, ainsi que sur des thématiques autres, qui me venaient naturellement des propres préoccupations changeantes.

C’est ainsi que j’ai découvert Ecotopia, au détour d’un article sur l’écologie ou d’un livre sur l’effondrement, je ne sais plus bien. Figurez-vous qu’un auteur américain aurait écrit un roman écologique, en 1975, rien que ça. Qu’à cela ne tienne, une commande à la librairie plus tard et hop !

En 1980, les états de l’Oregon, Washington et le nord de la Californie font sécession avec les États-Unis pour former un nouveau pays, Ecotopia. Ce dernier ferme immédiatement ses frontières et interrompt tout échange avec les états voisins (mais pas avec le reste du monde).

La société écotopienne privilégie l’expérience et l’activité pratique plutôt que les diplômes, les références ou les profils. La possession d’une licence n’a rien de prestigieux et les citoyens de ce pays ne partagent pas notre engouement pour les doctorats. (Autant que je puisse le dire, aucun diplôme n’est absolument indispensable pour décrocher un boulot précis en Écotopia.)

Quelques 20 ans après, nous suivons les pas de William Weston, premier journaliste et citoyen américain à passer officiellement la frontière. Le roman alterne ainsi les articles officiels rédigés pour son journal, qui étudient les différents aspects de la société écotopienne et la compare avec le mode de vie américain, et des extraits de son carnet de voyage personnel, recensant ses observations personnelles et expériences diverses. Je n’ai pas souvenir d’avoir rencontré ce type de construction, mais je m’y suis rapidement habitué.

Pour ce bref retour, je ne souhaite pas revenir sur l’ensemble des thématiques abordées, sur les pans politiques, économiques et humains que l’auteur brasse avec talent. Le fait de décrire une grande partie du pays au travers d’articles de journaux permet de faire accepter naturellement l’aspect finalement très didactique du récit.

Le livre date de 1975 et se déroule en 1999, c’est pour l’époque un pur texte d’anticipation, non seulement par sa chronologie, mais également par son sujet. Alors que les préoccupations écologiques sont aujourd’hui centrales pour beaucoup, je suis surpris de découvrir un exemple d’utopie (rare) écologique (rare) de cette époque et qui ne vire pas au désastre (rare). Et franchement, ça fait plaisir !

« Tu connaîtras la vérité, et la vérité t’accordera la liberté. » Je me souviens du frisson glacé que cette simple phrase suffisait autrefois à me faire éprouver. J’ai ensuite dû déchanter et apprendre que la vérité n’était pas une donnée simple et évidente qu’on pouvait « connaître », mais un ensemble complexe et toujours provisoire de faits, de probabilités, d’équilibres, qu’elle était forcément hypothétique même quand elle semblait tomber sous le sens – comme la science, je suppose. Nous nous en approchons au fil des ans, mais sans jamais vraiment l’atteindre.

La chose m’impressionne d’autant plus que le récit reste incroyablement moderne aujourd’hui. Ce qui peut aussi déprimer : si toutes ces idées, ces concepts, étaient nouveaux à l’époque, que pensez du fait qu’ils sont toujours considérés comme des modèles et des inspirations, de nos jours ? Pourquoi des idées vieilles de plusieurs dizaines d’années sont toujours considérées comme des pistes utopiques, des solutions au monde d’aujourd’hui ?

Je confesse une méconnaissance totale du mouvement écologique à cette période, des prémices et origines de toutes les explorations de Callenbach. Est-ce que ce sont ses idées ou s’est-il lui-même inspiré de concepts plus anciens encore ? Si la réponse m’intéresse, elle ne change en rien à mon appréciation du livre. Que l’auteur soit un visionnaire ou qu’il ait juste eu le talent de synthétiser plusieurs inspirations, le tout reste cohérent et inspirant.

Le livre n’est pas sans défaut pour autant : pas tant dans sa construction ou son écriture, il m’est simplement difficile d’adhérer à 100 % de la vision écotopienne. Je n’arrive pas encore à savoir s’il c’est un problème d’adéquation morale, ou parce que les modèles explorés sont trop différents de mes/nos habitudes de société.

Si l’écologie et la société qui va avec vous intéressent, foncez ! Sinon, vous risquez de passer à côté.

Comme tous les plastiques fabriqués en Écotopia, on peut démanteler les maisons moulées et en jeter les morceaux dans les biobacs, où ils seront digérés par les micro-organismes, transformés en engrais, puis recyclés dans les champs d’où provenaient initialement ces matériaux.

This article was updated on 20.07.28